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L’école n’est pas le gilet pare-balles de la société // Une contribution de Samuel Doux, réalisateur, scénariste, écrivain

lego-accessoires-custom-brick-warriors-gilet-pare-balle-militaire-beige-fonceL’école serait responsable de la dérive des jeunes qui finiraient par devenir des terroristes. C’est en gros ce qui ressort des débats post-attentat. C’est une question d’éducation. Il y aura bien sûr la loi sur la sécurité intérieur mais quand même pour être efficace c’est l’école qui doit se remettre en cause. Tout le monde paraît s’accorder là-dessus. À l’origine de tout citoyen il y aurait donc l’enseignement. Un genre de Dieu républicain en quelque sorte. On rêve !

Je pensais naïvement que l’école offrait gratuitement des connaissances, une évaluation pour tous, une diffusion des valeurs de la république, etc. Mais c’est exactement ce qu’elle fait. Qui dit le contraire n’a pas mis les pieds dans une école depuis son bac. Et non, le travail de l’école n’est pas d’offrir des gilets pare-balles à la société.

L’école est-elle parfaite ? Remplit-elle parfaitement le rôle que nous voudrions qu’elle endosse ? Non, évidemment. Mais soyons certains que les professeurs, dans les écoles, font leur travail. L’école fait son travail. Et il faut en finir avec le fantasme de l’absentéisme – le taux global dans l’enseignement est de 5,6% (en prenant en considération les congés de maladie, les congés de maternité – qui représentent le tiers de l’ensemble – et les autorisations d’absences), 5,6% c’est à dire rien d’exceptionnel. (Pour les enseignants du primaire cela semble un peu plus : 7,3%.) Pour se donner un point de comparaison dans le monde « privé » le taux d’absentéisme est d’environ 4,2%.

Le problème, bien sûr, on en convient est social. C’est ce que la ministre pointe : réformer la carte scolaire pour plus de mixité. Mais il ne faut pas se tromper, c’est en réalité, c’est un aveu d’impuissance. Ça veut dire en gros : les riches peuvent choisir, les pauvres non. Ça veut dire : les pauvres se retrouvent tous dans les mêmes établissements. Ça veut dire : les pauvres, une fois réunis produisent de l’acculturation, du racisme, de l’antisémitisme et au bout de la chaîne des terroristes. La mixité peut aider.

Les voix qui s’élèvent pour réclamer des réformes en profondeur se trompent. L’école ne doit pas être réformée en profondeur, parce qu’ »en profondeur » elle fonctionne. À peu près au moins. La question, et elle est assez peu posée me semble-t-il, c’est où sont les parents ? Mais pas seulement les parents de ceux qui déraillent. Non. Où sommes-nous tous, les citoyens, dans l’école ? Nous en parlons le plus souvent comme si elle fonctionnait sans nous, sans les familles, sans le monde extérieur, sans la société. Comme si nous, parents, élus, travailleurs associatifs et du monde privé, acteurs culturels etc. n’étions pas parties prenantes de l’éducation de nos enfants, c’est à dire de notre pays.

Bien entendu travailler à l’amélioration de l’apprentissage est essentiel. Remettre en cause méthode et programme permet de rester vif et actuel. Mais là aussi nous devrions nous demander pourquoi toutes les réformes et elles sont nombreuses paraissent ne pas fonctionner. Nous pourrions nous pas imaginer une école, un enseignement plus collaboratif, plus locale. Qui mieux que les enseignants eux-mêmes savent ce qu’il y a à faire auprès de leurs élèves et de leurs parents. Qui mieux que les directeurs, les élus locaux, les responsables associatifs connaissent le terrain, les rues, le tissu sociale qui entoure les établissements scolaires. Ils seraient temps de les écouter et d’inventer cette école collaborative et locale.

Ce genre d’idée ne sera qu’un rêve si nous demandons aux seuls enseignants de bouger. Il devient urgent maintenant que les parents reprennent pied à l’intérieur de l’école. Ils nous faut travailler main dans la main avec l’école et ceux qui la font au quotidien. Nous devons réfléchir et inventer les outils qui leur permettent d’agir réellement et rapidement.

Alors pour aujourd’hui disons plutôt : l’école ne réussit pas toujours à faire son travail. C’est une autre manière d’aborder le problème. Mais qui est donc responsable ? Et là il faut répondre sans détour : NOUS.

5 réflexions sur “L’école n’est pas le gilet pare-balles de la société // Une contribution de Samuel Doux, réalisateur, scénariste, écrivain

    • Oui en effet. Mais lorsque je parle de lien entre parents et école je ne veux pas necessairement parler de la responsabilité du parent face a son enfant. La question est quel role pour les parents dans l’ecole ?
      > conseil de parents teimestriel accompagné d’un representant municipal, d’un representant de l’ordre, un psychologue etc. On pourrait faire beaucoup si la vie de la cité entrait à l’école.
      > Inversement pourquoi ne pas systematiser les liens de l’ecole avec les representants de l’état. Une journee par trimestre rencontrer des maires, des policiers, des medecins, des juges, des representants du culte.

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  1. Bien sûr, il nous faut aussi cesser de nous cacher derrière la « protection » de l’état et être citoyens au quotidien avec chaque personne croisée. Il me semble que l’école, à partir de la primaire, tente de nous sortir de son cercle par le simple fait déjà de nous maintenir (en tant que parent) physiquement à l’extérieur de son enceinte. Cela a pour effet aussi d’inciter les enfants à gérer leur micro société aussi par eux même. Dans un cadre fixé par la société (l’école, l’état). Ce qui n’est pas forcément un mal malgré tout. C’est une question ouverte mais je me demande si finalement, en France, sur certains aspects, on n’aurait pas un peu tendance à faire reposer sur l’état ce qui devrait aussi relever de la sphère individuelle. Notre responsabilité en tant qu’humain à fournir du mieux vivre autour de nous. Quel est le moyen que nous offrons aux plus démunis, ceux qui vivent dans un environnement défavorisé en termes de violence (je parle de violence parfois affective mais aussi matérielle) de bifurquer vers plus de sérénité, vers une autre voie? Cela commence par la bienveillance. Difficile dans une société où chacun s’agrippe à son bien, dans une société qui craint l’autre. Et, quitte à paraître un peu « gaucho », j’affirme que cela commence avec les déviances du grand capital. Il me semble que nous avons aujourd’hui la chance, en France et dans la vieille Europe, de pouvoir placer aujourd’hui les rouages d’un changement progressif de ce monde à la dérive. On pourrait croire que je m’égare mais il me semble évident que tout est lié. Et c’est d’ailleurs ce qui nous empêche de progresser plus vite.

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    • Evidemment tout est melangé et intimement lié. Mais je crois que nous souffrons aussi de croire a raison ou a tord que des forces superieures empêchent d’agir. Je prefere la premiere partie et suis profondement d’accord avec cette sensation d’une école « interdite » aux parents. Je ne crois pas que cela permette la prise de responsabilité. Bien au contraire je pense que cela nous coupe les uns des autres. Il faut remettre du liens a tous les étages de la cité. Faire que nous soyons tous concernés et souvieux d’agir, reflechir, alerter, penser. En reponse a une autre commentaire j’ai fait des propositions concrètes.

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  2. Pingback: Fini de comprendre, c’est le moment d’apprendre ! // Une contribution de Mazarine Pingeot, écrivain, professeur agrégé à Paris 8 | POLIS /

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