// Droits Libertés/// Général/// Institutions/// Médias

Un attentat ? Formidable ! // Une contribution de Mazarine Pingeot, écrivain, professeur agrégé de philosophie à Paris 8

imgresUn attentat ? Formidable ! On va pouvoir faire passer de bonnes mesures répressives, en même temps qu’on manifeste un 11 janvier pour la liberté d’expression. N’y voyez aucune contradiction.

Une des premières réactions partisane ? Un patriot act à la française. Mais rien à voir avec celui d’après le 11 septembre dont tout le monde connaît l’échec. Non, un « patriote… act », juste pour le mot patriote, parce que tout ce monde rassemblé là, boulevard Voltaire, c’était tellement… Patriote. Et quand on est patriote et de tradition sarkozienne, que fait-on ? Réfléchir aux causes profondes d’un acte terroriste sur notre territoire ? Interroger les relations troublantes de l’Occident avec l’Arabie saoudite et le Qatar, les financiers historiques des salafistes et des frères musulmans ? Revenir sur l’abolition de la police de proximité ? Analyser la fusion de la DRG et de la DST qui a miné de l’intérieur le renseignement ? Revoir le traitement des enfants placés de famille d’accueil en famille d’accueil ? Interroger le choix des interlocuteurs censés représenter les différentes communautés religieuses ?

A cela, qu’une seule réponse : des prisons ! et encore un peu plus de prisons. Mais attendez, ce n’est pas là que les délinquants s’islamisent ? Si, bien sûr, mais justement, investissons ! Créons de belles prisons, avec une cellule par personne, prévoyons du désendoctrinement (sic) pour pallier l’oubli des premières années et les échecs de l’accompagnement éducatif, faute de moyens. Mais des moyens on en a pour construire les prisons et entretenir chaque prisonnier (32000 euros par an et par personne.) Des moyens, on en trouve, quand il s’agit de récupérer l’électorat du front national. Pinuts, trois fois rien.

La politique, elle ne se fait qu’après coup. Ironie du sort, c’est exactement la définition du tragique : une fois que c’est trop tard, le « ça a eu lieu », la prise de conscience que ça a eu lieu, inexorable, trop tard, il n’y a plus que les larmes pour pleurer et choisir le repli stratégique. Si les politiques ne savent qu’accompagner le destin, dont l’habillage a pour nom « une nouvelle loi », s’ils ont renoncé au temps long, au temps de l’histoire, au temps de la maturation d’un être, le temps d’une vie. Si le temps d’une vie se réduit à un quinquennat, alors à quoi servent-ils ? Mais les femmes et les hommes politiques ne sont pas seuls, les institutions les soutiennent dans leur oubli du temps pour en faire de vulgaire gestionnaires du présent. Au fond les politiques sont à la prise en compte du social, ce que les journalistes de BFM sont à l’information : des greffiers, qui veulent imprimer leurs noms au bas du greffe. Sauf que nous, nous en avons envie de l’avenir !

Une réflexion sur “Un attentat ? Formidable ! // Une contribution de Mazarine Pingeot, écrivain, professeur agrégé de philosophie à Paris 8

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s