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Et maintenant chantons ! // Une contribution de Samuel Doux, réalisateur, scénariste, écrivain

la_marseillaise-1024x676Marie Darrieussecq écrit qu’elle ne peut pas chanter la Marseillaise. Pas d’autres explications. D’accord. Moi aussi j’ai du mal. Lors de la marche du 11 janvier nous pouvions applaudir pas chanter. Applaudir, pas chanter. Tous ensemble nous claquions des mains, consolation ultime, rituel un peu mystique. Entre République et Nation c’était beau. Les corps scandaient en rythme puis s’éteignaient.

Et après ? Nous sommes des cons.

Marie et moi, tous les deux. 4 millions de personnes chantent en choeur dans la rue et nous on se tait. Serait-on incapable de sacrifier une part de nos doutes, ou même de nos convictions pour s’associer aux autres ? Nous avions sans doute de bonnes raisons, Marie et moi. Ça doit pouvoir s’argumenter. Mais au fond qu’est-ce qui nous a vraiment retenus dans un moment pareil pour ne pas se rallier à une forme d’identité collective ? Quelles bonnes raisons pour ne pas se réjouir de connaître tous le même chant ? Un chant bien à nous, guerrier et gueulard, irrespectueux et qui appelle au pire tout en espérant le meilleur. Raflé par des patriotes peu respectables, c’est vrai ce chant-là n’est pas parfait. Il faut pourtant essayer de s’y reconnaître. Notre position molle, applaudir, pas chanter, n’est que le reflet d’un engagement indistinct.

Bien sûr, il y avait dans ces applaudissements une certaine poésie mais ils se sont éteints maintenant devant les tombes et l’information continue. Ils ont disparu derrière les bruits permanents des femmes et des hommes politiques qui veulent sans mot dire s’approprier les lauriers de l’union, derrière les voix discordantes de ceux qui ne veulent pas défiler, derrière les bannières « je suis Charlie » des profils Facebook qui s’effacent pour laisser place à de nouvelles têtes mensongères, derrière d’autres morts encore…

Déjà, la poésie est passée.

En quelques semaines, quelques mois, les claquements de nos mains se sont envolés. Je dois bien le reconnaître maintenant, entre applaudir ou chanter. Il valait mieux chanter. La Marseillaise contre le fracas est ce qui nous reste de plus sûr. Elle n’appartient à aucun journaliste, à aucun politique, à aucun citoyen. Elle est à nous, violente et mal foutue, à nous tous sans distinction et sur elle nous pouvons construire quelque chose. À commencer par ne pas la laisser entre des mains sales. Le soir du 11 janvier, Albert 72 ans retraité de Limoges, Claire 45 ans directrice artistique de Lyon, Sofiane 14 ans collégiens de Strasbourg, Marie et moi n’avons pas été seulement réunis par une émotion qui cherchait à être consolée, mais par un lien très concret que nous avions oublié. Celui d’appartenir à un collectif, à une tribu, à une nation.

Quelle que soit la cité nouvelle que nous cherchons à tâtons nous ne pourrons la construire qu’en reconnaissant, même un peu forcé, les liens qui nous fondent et nous unissent, que je le veuille ou non, la Marseillaise est un de ces maillons.

Une réflexion sur “Et maintenant chantons ! // Une contribution de Samuel Doux, réalisateur, scénariste, écrivain

  1. Vraiment, je me suis aussi arrêté avant la marseillaise. // Pour moi, l’unité est vaine dès qu’elle me semble primaire. Chanter sans comprendre, agir sans fond… de la même manière c’est ce qui me fait profondément détester les rassemblements suite à la victoire lors d’une coupe du monde de football. // Et pourtant c’est beau de voir que l’homme peut s’aimer et faire circuler des énergies. // Ce qui m’arrête, c’est peut être surtout le constat préalable de la réalité du lendemain.

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