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Créons une armée de créateurs ! // Une contribution de Samuel Doux, réalisateur, scénariste, écrivain

arme-de-creation-massiveCréons une armée de créateurs !

Voilà peut-être une des solutions. Une armée d’auteurs, de scénaristes, de peintres, de metteurs en scène pour occuper les collèges, les lycées, les foyers, les prisons, les zones de non droit etc. Inciter sans limite sociale, géographique, politique, religieuse à penser par soi-même, sur soi-même et sur le monde.

Quelle place ? Quelle identité ? Quel avenir ?

Pour ces jeunes et moins jeunes dans la société de demain, dans ce pays qui est le leur. Ne laissons pas l’école seule face à ces/ses problèmes. Prenons au pied de la lettre l’idée que les crayons, les claviers, les cahiers, les murs, les bombes de peintures etc, sont nos meilleures armes pour ressentir et comprendre les valeurs de laïcité, de république, de dignité, de solidarité, de fraternité, de liberté, d’égalité.

Une armée d’auteurs pour intervenir partout où il y a de la déshérence et même là où il n’y en pas. Des artistes accompagnés par les acteurs sociaux locaux pour aider à remettre de la pensée dans le quotidien, à comprendre et ressentir à quoi nous pouvons être utile, quelle place nous est offerte dans la société.

Comment croire que la culture n’a pas un rôle immense à jouer pour combattre les « ghettos » et « l’apartheid » autrement qu’on les nommant dans un discours ?

Ce qui est – en réalité – une autre forme de stigmatisation. Réflexe ancré profondément. Il suffit d’entendre David Pujadas dire au 20h de France 2 sans l’ombre d’une hésitation : « il est musulman, marié à une Française, il est installé dans la région de Cambrais (…) » on se dit alors qu’un peu de créativité ne serait pas superflue pour parvenir à unir nos identités !

Mais au fond qui doute que des élèves approchant une forme d’expression soient sauvés à moitié ? Qui doute que des intervenants extérieurs puissent repérer plus efficacement les décrochages et y pallier ? Qui doute que se connaître soi-même permette d’éviter plus sûrement l’endoctrinement ? Personne dans notre pays, il faut l’espérer, à condition, bien sûr, d’y mettre les moyens. Et des moyens il n’y en a pas. À moins qu’une nouvelle fois on tente de penser non pas sans l’état mais au-dessus de lui. Montrons lui où il pourrait agir et obligeons-le à le faire.

Faisons – nous auteurs, romanciers, essayistes etc. – une proposition.

En 2013 ce sont 356 millions de livres qui se sont vendus en France toutes catégories confondues. Imaginons alors qu’on puisse, comme c’est le cas au cinéma, prélever un euro (à répartir sur chaque acteur : lecteur, auteur, distributeur, libraire, éditeur, etc. Il faudra bien sûr penser les modalités.) Si on y parvenait alors on se retrouverait à la tête d’un budget de 356 millions d’euros. C’est à dire environs 30 000 actions rémunérées 10 000 euros par artistes ! Ou encore 60 000 actions rémunérée 5 000 euros par artistes !

Combien d’écrivains, de peintres, de metteur en scène seraient prêts à s’engager pour de telles résidences partout en France ? Peut-on seulement imaginer les retombées en terme de lien, de création, de motivation ? Ainsi les auteurs, les artistes trouvent une nouvelle manière d’agir, de se financer, de rester actif en même temps que leur travail trouve un accès vers un public qui lui se forme, se révèle, se construit.

Bien sûr au coeur d’un système comme celui-là tout pourrait se penser, s’inventer, toutes les actions, tous les financements. Et ce n’est pas dans ce court texte que nous pourrions penser à tout au problèmes que ça pose comme aux avantages pour tout le monde. Parce que j’entends déjà les plus réticent : « oui mais c’est un secteur qui connait déjà de telles difficultés ! » Mais que représenterait quelques centimes d’euros par livre au regard d’auteurs touchant de l’argent pour écrire et rencontrer un public potentiel. Au fond tout le monde serait gagnant. Les classes qui devraient lire achèteraient bien leurs livres quelque part ?

Quand même ne pourrions-nous pas prendre le temps d’y penser ? 356 millions d’euros versés à des créateurs pour intervenir dans tous les milieux où l’imaginaire étouffe, c’est peut-être une idée qui vaut la peine d’être creusée.

Une réflexion sur “Créons une armée de créateurs ! // Une contribution de Samuel Doux, réalisateur, scénariste, écrivain

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