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Pauvres chiens // Une contribution de Nathalie Kuperman, écrivain

20-chiens-victimes-de-la-créativité-délirante-de-leur-maître18Google actualités. Je vois passer un article sur la « leishmaniose », je ne m’en préoccupe pas, je ne peux pas tout lire. Mais, puisque les infos ne se renouvellent pas tellement le week-end, l’article reste comme une des causes importantes du moment. Et rien ce week-end ne m’accroche au point que je pourrais me passer de lire les articles de google actualités, où l’on clique parfois sur un titre intrigant, et où l’on se retrouve en train de lire un papier qui nous explique qu’historiquement, les Arabes possèdent trois neurones, les Noirs puent, et les Juifs sont près de leurs sous. (Et là, je mets les majuscules qu’oublient les auteurs de ces textes édifiants) Parce que, bien sûr, tout est livré en vrac, pas de hiérarchie dans Google, et d’abord, qui suis-je pour juger de la hiérarchie des informations ? Qui suis-je ? C’est exactement la question que je me pose, depuis toujours, par principe existentiel, certes, mais particulièrement depuis le début de l’année.

Moi, de grand-père juif et de grand-mère protestante côté paternel, d’ancêtres chrétiens côté maternel, élevée dans l’idée que tout ça n’a pas grande importance pourvu qu’on ait une morale (mais qui je suis pour parler de morale ?), horrifiée que le nom de Coulibaly soit associé au crime le plus abject alors que ce nom, pour moi, est l’un des plus beaux : Dramane Coulibaly, le père des mes cousines adorées, Léna et Fatou, est celui qui, dans sa grande main, m’a portée alors que j’avais quelques jours. Une photo en témoigne. J’ai envie de pleurer en écrivant ça.

Je suis trop dans l’émotion pour faire de la politique. Alors, j’en reviens à la leishmaniose. C’est une maladie mortelle qui touche les chiens. J’ai parcouru l’article. Je me suis d’abord dit « Mais je m’en fous des chiens ». Puis, tout de suite après, je me suis sentie coupable d’avoir dit que je m’en foutais des chiens. J’ai même prononcé tout bas : « pauvres chiens ».

Je ne sais plus qui je suis, et je sens comme une nécessité urgente d’apprendre, de réapprendre à savoir qui on est. C’est une montagne à gravir, un travail inouï, et il n’est plus aujourd’hui question de se dire : « Je ne m’en sens pas la force ». Quelques jours ont passé, et j’ai appris hier qu’encore un autre Coulibaly avait attaqué les militaires qui protégeaient un centre communautaire juif. Je suis poursuivie.

Cauchemar cette nuit : ma famille essaye de tuer ma famille. Réveil douloureux. Agir. Combattre la leishmaniose, continuer à clamer, quitte à passer pour une demeurée : « Je ne suis pas raciste », cesser de me réjouir de la mort de mes parents qui, Dieu merci (oh, pardon) sont débarrassés de tout ça, ne pas pleurer plus d’une fois par mois. Et, faire de la politique.

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