// Général/Éducation

Je creuse, tu creuses, il creuse… // Une contribution de Marinette Lévy, scénariste.

P142943Le fossé entre l’école publique et l’école privée est de plus en plus grand comme en témoignent les taux de réussite aux examens. Selon le classement annuel du journal l’express, en 2013 parmi les 66 premiers lycées de leur classement, figurent 53 lycées privés et seulement 13 publics, soit à peine un sur cinq !

Le privé est-il la cause de la chute du public ? Y-a-t-il un lien entre l’un et l’autre ? Faire déjà le point sur l’évidence : public et privé sont liés par des fonctionnements communs, mais lesquels ? Au fond quand j’y pense, et c’est assez souvent depuis que j’ai des enfants, je n’arrive jamais à bien comprendre la différence entre public et privé sous contrat. On dirait que c’est complètement différent. Mais non – en fait.

En l’état actuel des choses, les écoles privées sous contrat sont liés à l’État. Par un contrat justement. Ce qui signifie : un accord et donc une interdépendance, décrite comme suit sur le site éducation.gouv.fr :

« S’agissant des enseignants, l’État prend à sa charge la rémunération de ceux qui exercent dans des classes sous contrat.

S’agissant des dépenses de fonctionnement des classes sous contrat, l’État et chaque collectivité territoriale sont tenus d’y participer dans les mêmes conditions qu’ils participent aux dépenses de fonctionnement des classes correspondantes dans les écoles et les établissements publics d’enseignement.

Quant aux dépenses d’investissement des établissements privés, elles peuvent faire l’objet d’une participation des collectivités publiques dans des conditions strictes(…) »

Super pour les écoles privées ! Elles gagnent sur toute la ligne. Mais quel est l’intérêt de l’État là-dedans ? Plus celui de départ en tout cas : aider des écoles techniques et spécialisées à exister. Et quand on cherche à ajuster les choses comme en juin 1984, un million et demi de personnes descendent dans la rue contre le projet de loi Savary – visant pourtant à lier plus étroitement enseignements privé et public afin de créer une grande École laïque. Fin du projet, les intérêts électoraux priment. C’est basique mais les « clients » des écoles privées représentent trop d’électeurs – au capital économique non négligeable, soit dit en passant. L’État est donc un peu coincé sur ce terrain. On ne dézingue pas le privé comme ça ! Soit.

Pourtant dans la mesure où il subsiste grâce à des fonds publics, on devrait pouvoir lui mettre un peu la pression.

Et oui parce que si on y regarde de plus près, si on écoute les « arguments de vente du privé » : à niveau égal, meilleure qualité d’enseignement, plus de suivi, plus de cadre. Il est évident que les enfants qui ont le plus besoin de ce type de prise en charge sont précisément ceux qui n’y ont pas accès.

Pourrait-on alors imaginer imposer aux établissements privés d’intégrer un quota d’élèves en décrochage, bourse à l’appui s’il le faut pour régler les frais de scolarité ? Au fond se sont ces familles dont les enfants rencontrent des difficultés qui n’ont pas les moyens économiques ou culturels de leur faire découvrir la musique, le théâtre, la danse, les musées, les voyages. C’est à eux que nous devrions proposer le plus riche des enseignements. Tandis que les enfants habitués aux établissements privés bénéficient biens souvent des avantages socio-culturels de leurs parents.

Tant que les deux systèmes, privé et public, fonctionneront sans lien, chemineront en parallèle, portes fermées, œillères et oreilles bouchées, le fossé des inégalités ne pourra que s’agrandir. Comment peut-on croire que la société évoluera si dans le fonctionnement même de nos institutions sont inscrites des inégalités flagrantes ?

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