// Droits Libertés/// Général

Où sont nos Lumières ? // Une contribution d’Alexandre Rochon, compositeur, Delano Orchestra

gregory-crewdson-01Au lendemain de ces années de désenchantement et de perte de repères intellectuelles et républicains dont les évènements tragiques du mois de janvier sont le triste témoin, deux analyses s’offrent à nous : l’une réaliste et forcément pessimiste, l’autre vitale, optimiste et sensée.

La tentation de baisser les bras est immense. Rien ne va plus, la pourriture est en nous, partout. Le pronostique vital est engagé, alors soyons réalistes et hédonistes, profitons tant qu’il est encore temps, ou alors fuyons, n’importe où, personne ne sait,  vers l’Andalousie, la Grèce, l’Islande ou le Costa-Rica, faut-il encore pouvoir se le permettre.

Mais voilà, nous sommes encore jeunes, nous avons ou voulons des enfants, nous aimons notre pays et nous voulons croire à son histoire, à ses valeurs. Evidemment, chaque jour, le discours désabusé qui laisse la politique au placard, le droit de vote aux imbéciles et qui refuse de choisir entre la peste et le choléra devient de plus en plus persuasif et tentant.

Pour qui voterons-nous en 2017 ? Aurons-nous le choix ? Soyons réalistes, soyons optimistes, soyons responsables. Puisqu’il est encore temps, puisqu’il est toujours temps. Car nous sommes tous responsables.

Nous sommes responsables des choix qui nous sont offerts, nous sommes responsables de l’éducation de nos enfants, nous sommes responsables de notre république. Nous sommes responsables de la tranquillité des espaces publiques, nous sommes responsables de l’enfant qui a perdu sa mère comme de l’adolescent qui ne ramasse pas ce qu’il a jeté par terre. Nous sommes responsables de notre société. Nous devons lever la tête et réagir ensemble. La solitude, la honte et la peur nous ont dirigé vers des comportements anormaux qu’il faut absolument abandonner. Nous sommes tous solidaires. Nous avons tous cette responsabilité. De la naissance à la mort.

Je sens déjà la génération des baby-boomers nous rendre les clefs du pays : « Voilà, on a fait ce qu’on a pu, maintenant, c’est à vous de jouer ». Mais ce n’est pas vrai. C’est à vous, chers retraités, d’occuper les bancs publiques et de porter votre regard, votre vigilance, votre générosité et votre sagesse sur vos enfants. Vous qui détenez encore la majorité, le pouvoir, l’argent, l’immobilier, ne baissez-pas les bras !

Tout est politique. Si l’animal est un homme politique, abandonner la politique c’est perdre notre instinct. Nous devons apporter des réponses simples à des questions simples : Pour qui vais-je voter ? Pour un homme ou un parti ? Mais si le parti ne me convient pas ? Alors milite et change-le. Et si je ne trouve pas de parti qui me correspond ? Alors crée le tien.

Je me permets de vous livrer une anecdote très significative. Je vis dans une ville qui pèse 300 000 habitants et loge l’une des plus grandes industries pneumatiques au monde. La ville est socialiste. Peu importe l’homme, la ville vote et votera socialiste. L’enjeu du scrutin n’est donc pas l’élection du maire mais bien sa désignation par le parti et ses militants. En 2014, les militants du parti ont choisi un homme parmi cinq. Ils étaient moins de 400 à désigner le maire d’une ville de 300 000 habitants. Pas de complot judéo-maçonnique. Juste 400 hommes. Pour remercier ses soutiens, notre maire les a nommé au sein de son équipe municipale. Ces élus sont des femmes et des hommes socialistes. Des femmes et des hommes simples qui ont un peu milité, qui ont un peu participé à la vie publique et qui se trouvent aujourd’hui chargés de dossiers très importants pour la Ville. Ils n’ont pas passé de concours, leurs compétences n’ont jamais été évaluées. Le fonctionnement peut paraître normal ou inadmissible. Mais il prouve une chose : nous pouvons faire en sorte que cela change. Nous pouvons tous participer à la vie publique. Nous pouvons tous être élus. C’est simple comme bonjour. Nous pouvons tous créer notre parti, nous pouvons tous faire entendre notre voix.

Par dessus tout, je crois au rassemblement des voix, de l’intelligence et de la pensée. Je veux croire que l’influence d’une grande union de sensibilités communes peut avoir beaucoup plus de poids que n’importe quelle religion ou n’importe quel lobby. Car dans ce pays des Lumières avec un L majuscule, il y a et il y aura toujours de Nouvelles Lumières. À nous de les trouver, de les réunir et de les choisir.

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