// Général/// Institutions

Nous sommes le Président de la République ! // Une contribution de Samuel Doux, scénariste, réalisateur, écrivain.

bloggif_54dd167b90433Pas de président. C’est la crise, pas seulement dans les chiffres. On le sent c’est tout. Peut-être voudrait-on que ça soit autrement. Il y aurait sans doute des arguments pour prouver le contraire. 30% de votes pour le Front National suffisent à parler de crise. Il y a dans l’air un désir de chaos, de renversement.

Ce n’est pas seulement conjoncturel. Ça ne passera pas comme ça. Les mesures politico-économiques n’y pourront rien. C’est profond. C’est un malaise, une fracture qui sépare les gens entre eux et les gens en eux. Les explications sont nombreuses. Mais comment convaincre tout un pays que la politique est utile lorsqu’il est plus facile de voter pour un chanteur le samedi soir que de prendre part au débat sur – par exemple – les modifications du temps scolaire pour nos enfants, ou, d’ailleurs pour n’importe quelle autre réforme qui impacte si directement notre vie quotidienne.

Il y a eu inversement.

De peuple qui utilise la démocratie pour se faire entendre. Nous sommes désormais utilisés pour que nos dirigeants puissent s’exprimer. La sensation est terrible. Nous sommes devenus des objets, jamais entendus et encore moins reconnus. Voilà cette fracture en nous. Nous servons définitivement (et pour longtemps si on ne fait rien) ce qui devrait nous servir. Nous servons au monde marchand, nous lui donnons notre argent. Nous servons au monde de l’entreprise, nous lui donnons notre savoir-faire. Nous servons aux médias, nous leur donnons notre temps. Nous servons aux politiques, nous leur donnons notre vote. Qu’avons-nous en retour ? Rien, pas grand-chose, des miettes.

Pourtant, tous nous disent qu’il n’y a rien à faire. Les marchés clament que leurs libertés permet la meilleure régulation, les entrepreneurs ne sont pas responsables puisqu’il y a les lois du marché, les médias n’y peuvent rien ils ne font que reporter la réalité, les hommes politiques agissent dans la mesure où l’Europe et la mondialisation le leur permettent.

Qui alors est responsable ? La réponse est simple, mais bien souvent on ne sait pas quoi en faire : Nous sommes tous responsables !

Après la résignation vient la colère. Elle est là, plus ou moins silencieuse selon la classe sociale de chacun. Une colère née, non pas de la précarité, de la pauvreté, des difficultés, même pas des morts, mais de la frustration. Une immense frustration de voire les richesses de notre pays nous échapper. Tant de possibles gérés par un si petit nombre de personnes entourés de conseillers tous taillés sur le même modèles, réfléchissant à partir des mêmes systèmes, entourés de lobbyistes qui, en échange de services, cherchent leur intérêt tout en assurant défendre celui des consommateurs.

Cette crise qui n’est donc pas seulement économique, et même pas tellement économique, nous conduit maintenant droit vers le populisme le plus bête. Elle nous aveugle et au fond c’est terrible mais seules les bombes finiront par réveiller les plus aisés d’entre nous, c’est à dire ceux qui dans toutes les révolutions finissent par faire bouger les choses : les bourgeois.

Ne pas croire que le phénomène est Français. Il est au moins Européen. Partout ce populisme gagne. Il s’appel le parti national démocratique, parti de la liberté, front national, aube dorée, etc. Il faut endiguer cette boue née d’un système politique exsangue et de peuples laissés pour compte, quelque soit leurs revenus. Il faut maintenant arrêter de se payer de mots, aucune reprise économique ne fera diminuer les élans nationaux qui gagnent partout depuis trente ans. Moins de chômage fera au mieux ralentir la courbe.

Pour battre ces populismes à courtes vues nous devons créer le notre : un populisme intelligent, réaliste, irrésistible. Ce populisme doit s’incarner dans une proposition de changement institutionnel radical qui devra avoir un impact déterminant sur le pays, son économie, son système social et administratif. Les Athéniens utilisaient le tirage au sort politique. Pourquoi ne pas imaginer un système proche de celui-ci. La Suisse en son temps y a eu recours pour lutter contre la corruption.

« Il est démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort, et oligarchique qu’elles soient électives » Aristote

Le tirage au sort permet de dépasser les partis, sans renier les sensibilités, d’accepter la recherche du consensus sans ignorer telle ou telle mesure parce qu’elle ne vient pas de son courant de pensée. Ce genre de modification institutionnelle permet de revenir à l’idée de nation, de pays, de peuple. Le tirage au sort politique est une idée un peu vague lancée ainsi, je le sais bien. Insuffisante sans doute, mais c’est dans ce sens qu’il s’agit de chercher et de questionner ceux qui nous représentent.

Le monde a presque totalement changé en moins de 30 ans. Comment imaginer que les systèmes qui nous gouvernent peuvent rester identiques ? Tirons au sort nos représentants, mettons un terme aux privilèges politiques, choyons ceux qui vivent la politique comme un véritable service public, un grand nombre de conseillers municipaux, régionaux,etc.

Au fond pour tout changer l’idée est simple. Refusons de voter en 2017. N’élisons pas de président ! Alors la France entière pourra prendre la gouvernance.

Se demander au travers de liens horizontaux et collaboratifs comment ils veulent être gouvernés. Selon quels systèmes, avec quels niveaux de représentativité. Réunissons des sages pour nous aider. Créons des cercles de réflexions et de débats politiques. Si nous dirigeons réellement notre pays alors nous pourrons accepter des efforts sans précédant. Nous pourrions même nous priver pour rembourser nos dettes celles dont nous sommes responsables et les autres si nous sommes assurés d’en récolter les fruits. Ils nous restent peu de temps pour repenser notre démocratie et l’imposer à ceux qui nous représentent. Il est temps d’entrer dans un autre monde. Un monde où les citoyens vivent très directement l’idée même de la démocratie. Alors les populismes reculeront puisque le peuple occupera seul le devant de la scène.

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