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Traduire c’est trahir, ou les mots de l’Islam // Une contribution de Didier Le Bret, Diplomate

« Traduttore, traditore » ou les mots de l’Islam. super_muslim_stickers-r9d074b5981214b208107c2d518046f2f_v9waf_8byvr_324

La question s’est posée récemment : comment parler de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant, sans trahir l’Islam, sans détourner la notion d’Etat, sans donner crédit à des monstres géopolitiques (un califat sunnite « suméro-mésopotamien ») ? Une option a été de s’en tenir à l’acronyme arabe de l’EIIL : « DAESH » (ISIS en anglais). Fin – momentanée ? – des amalgames.

Le traducteur-traitre est confronté à la même difficulté lorsqu’il s’agit de qualifier le terrorisme d’inspiration islamiste. Et pourtant les options ne manquent pas.

« Djihadisme », d’abord, jusqu’à ce que des clercs précisent que la bataille était avant tout intérieure et qu’il ne s’agissait que de soumettre ses passions et de s’en remettre à Dieu.  Soit. 

« Islamisme », ensuite. On croyait le tenir, cette fois, le juste concept, d’autant que des « ismes », qui nous sont familiers, d’instinct, nous avons appris à nous méfier. Au terme, il est vrai, de deux guerres qui ont vu triompher nationalisme, nazisme, fascisme, mais aussi de 70 ans de paix armée de soviétisme. Que d’ismes, que d’ismes ! Auxquels on aurait pu ajouter d’ailleurs, pour faire bonne mesure, la matrice : le totalitarisme et son corolaire : l’obscurantisme. Manque de chance, « islamisme » en arabe ne se traduit pas et renvoie immanquablement à l’Islam. Encore raté.

« Salafisme djihadiste » s’est imposé quelque temps. Formule plus précise, épargnant l’Islam et renvoyant à une école de pensée et d’action plus facile à identifier.  Quelque chose comme l’imposition par la terreur d’une vision dévoyée de l’Islam de paix, et dont l’agenda avant tout politique vise la conquête du pouvoir et l’endoctrinement des esprits par la force. Las, tous les salafistes, nous explique-t-on à nouveau, ne sont pas des terroristes, même lorsqu’ils prônent le djihad (voir supra).

Plus récemment, à la faveur de la récente vague d’attentats en terre païenne, où l’humour et la libre pensée ont encore droit de cité, on a parlé d’ « islamo-fascisme ». Le néologisme est tentant. Attendons de voir l’accueil qui lui sera réservé. Cette « belle infidèle » pourrait bien ne pas plaire à tout le monde.

Une suggestion pour conclure. Pourquoi ne pas laisser le soin aux musulmans eux-mêmes, qu’ils soient français, algériens, syriens ou indonésiens, le soin de nous dire avec leurs mots quelle est au fond la réalité de ce nouveau « mal-nommé » ? Les concepts une fois posés et nommés par ceux qui en sont les plus souvent les victimes, le débat aurait peut-être une chance de rassembler au lieu de diviser.

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