// Droits Libertés/// Général

Calme et apaisé. // Une contribution de Samuel Doux, écrivain, scénariste, réalisateur

Timbuktu-4_zps1de7107cCalme et apaisé. Non pas qu’il n’y a plus rien à dire sur cette société qui nous entoure, mais hier soir un film important a été remarqué et récompensé, un peu moins d’un million de personnes l’ont déjà vu en salle de cinéma. TIMBUKTU. Film sec montrant l’occupation religieuse d’une ville, d’un espace, d’un air et le martyr des populations qui en découle. La destruction d’une beauté mystique, réelle celle-ci. Ces hommes terrorisent, ils empêchent la musique, ils lapident les amants, ils crèvent les ballons, ils tuent au nom de leur foi. Ils craignent de ne pas accéder à un paradis illusoire qui dans ce film ne cesse pourtant de les entourer. « Ces hommes (car il n’y a que des hommes) ne sont pas si éloignés de nous » disait Abderrahmane Sissako. Je le crois. Je n’amalgame pas pour autant. Je ne fais pas passer les innocents pour des bourreaux, mais en certains de nous sommeille parfois au mieux une indifférence, au pire une jouissance face à la misère de l’autre. C’est en nous : « L ‘homme la seule espèce où les mâles tuent les femelles. (…) C’est parce que l’Homme pense, érige des systèmes de pensée intelligibles et transmissibles, qu’il a construit le système validant la violence jusqu’au meurtre à l’égard des femelles de son espèce, qu’il le légitime et continue de le transmettre.» Dit Françoise Lhéritier.

Calme et apaisé. Comme nous voudrions l’être demain et longtemps encore tout en sachant cela impossible. Déjà la colère gronde. Ce film est un étrange miroir qui nous renvoie l’image de notre impuissance autant que de notre pouvoir. Impuissance à colmater ces brèches où se faufilent la pourriture en nous, en eux. Pouvoir de rester debout, de nous mettre debout et d’inventer un monde qui nous convient plutôt que de subir celui-ci avec pour seule arme réconfortante un cynisme dont la fin sera, à n’en pas douter, un nouvel attentat. Ces images poussent comme le vent. Elle devraient nous montrer le chemin de cette unité simple sans reniement des particularités, des singularités. Nous devrions être intraitables sur les radicalisations qui nous entourent. Proches ou lointaines. Nous ne devrions plus accepter aucun manque de respect, ni de ces extrêmes fanatiques, ni de ces extrêmes économiques, ni de ces extrêmes politiques, de cette manière qu’ont certains dirigeants de nous parler, de nous considérer.

Calme et apaisé. Pas endormi. Combattants. Il y a donc des films, des livres à faire, à écrire, il y a des engagements possibles, des engagements qui changent nos liens, qui peuvent les interroger, les fonder différemment. Je pose la question directement à ceux qui liront ces lignes. Nous sommes déjà quelques uns à parler à nouveau de politique. Quelques uns à vouloir, à espérer, à inventer ce pays qui est le notre. Nous nous regroupons, nous discutons, nous inventons sans retenue, sans penser que nous sommes si peu. Sans penser gauche ou droite, sans penser bien ou mal, sans penser « c’est inutile » mais en cherchant à reconnaître l’autre. Ce n’est pas de l’angélisme. Ça, c’est pour ceux qui veulent aider sans apprendre, ceux qui veulent assister sans élever pour mieux maitriser, pour mieux s’adjoindre des votes, des bonnes intentions ou que sais-je. Je pose la question : n’avons-nous pas cinq minutes chaque jour pour penser que nous formons ensemble une unité plus forte que n’importe quel mépris, que n’importe quel système, cinq minutes pour participer d’une manière ou d’une autre à cet avenir que nous redoutons parce que nous ne nous en occupons pas. Cinq minutes, une goutte d’eau peut-être mais qui tombera forcément quelque part. Arrosons avant que de pleurer.

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