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L’arbre grec cache la forêt européenne // Une contribution de Didier Le Bret, Diplomate

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La Grèce, nous dit-on, serait entrée par effraction en Europe. Sur le fondement du caprice d’un Prince, désireux de ne pas abandonner la belle Hélène sur le bord du chemin de la grande aventure du siècle (dernier), l’Europe.

Nous en payerions aujourd’hui le prix.

Cette façon de voir n’est pas sans intérêt. Elle met le doigt sur la genèse même du projet européen : communauté d’intérêts de pays aux niveaux de développement similaires ou nouvelle frontière ouverte aux peuples européens, quel que soit leur niveau de richesse, pourvu qu’ils partagent notre histoire et nos valeurs ? La Grèce, berceau de la démocratie, relevait manifestement de la deuxième catégorie. Faut-il le regretter ? L’histoire récente donnerait-elle raison à l’approche comptable ?

En réalité, l’arbre grec cache la forêt européenne.

La contradiction à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est plus profonde encore. Elle nous oblige à sonder un autre paradoxe, une autre tension inhérente au projet même de la construction européenne : la double légitimité.

La première (légitimité), au cœur de nos vieilles démocraties, est celle issue des urnes. Le vote grec l’a rappelé de la manière la plus carrée. Mais pour s’affranchir du « diktat de la Troïka », las, le suffrage universel ne suffit plus. Dans l’Europe unie, et c’est là la deuxième source de légitimité, encore faut-il obtenir l’aval de tous. La raison en est connue. Elle a pour nom solidarité. Et la solidarité, qui n’a pas de prix (quand on la sollicite), a néanmoins un coût (quand on souhaite s’en affranchir).

Cette double légitimité est aujourd’hui questionnée.

Elle est dénoncée avec vigueur par les extrêmes, à droite comme à gauche, au motif qu’elle constituerait une insulte au libre arbitre des peuples. Sans doute. Mais cette vision « instantanée » fait peu de cas de ce qui fait au fond toute l’originalité du projet européen : moins de souveraineté pour plus de solidarité. La solidarité à 28 est compliquée, laborieuse, parfois même exaspérante. Les coups de menton au gré des majorités nationales ne suffisent plus. Il faut accepter le temps long des intérêts croisés, de la négociation, du consensus.

La démocratie athénienne ne se joue plus seulement sur l’agora. C’est douloureux pour nombre de Grecs. Mais c’est aussi le prix à payer pour garder la confiance des contribuables français, allemands, italiens, lituaniens, et donner à l’Europe les moyens et surtout les raisons de croire encore en son modèle.

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