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La fin des moyens ou les moyens de la fin ? // Une contribution de Mazarine Pingeot, écrivain, professeur de philosophie à Paris 8

 

 

Nous sommvisueles en train d’entrer dans un nouveau paradigme démocratique, ou du moins la « possibilité » d’un nouveau paradigme.


Classiquement, dans une démocratie où s’affrontent des partis, ceux-ci centralisent les programmes, les grands objectifs, voire les idéaux. Ils offrent à leurs électeurs des promesses de réformes, au nom de l’intérêt commun (même si tous ne s’entendent pas sur l’intérêt commun). Les électeurs choisissent, selon les orientations offertes. Les fins précèdent donc les moyens. Les tâches à accomplir et les réponses proposées sont soumises au vote.

Que se passe-t-il aujourd’hui ?

Les nouveaux instruments et notamment ceux qui sont proposés via les réseaux (cf. Emile Servan-Schreiber, « soyons open », post sur POLIS du 18 février 2015), organisent différemment la participation citoyenne. Ils sont horizontaux et court-circuitent de plus en plus la logique pyramidale qu’un système majoritaire met nécessairement en place. Une révolution comme l’intelligence collective, qui consiste à donner la voix aux citoyens, non pas en tant qu’ils critiqueraient ici et là les propositions faites par les partis, mais en tant qu’ils seraient eux-mêmes à l’initiative de propositions, ensuite débattues, puis soumises à un vote anonyme, comme cela se fait déjà dans plusieurs entreprises, transforme la démocratie représentative en démocratie directe.

L’agora semble pouvoir retrouver un droit de cité, par la grâce de nouveaux instruments.

Autrement dit, ce sont ici les moyens qui précèdent les fins. De la pluralité naît le consensus, et les idées émergent de leur rencontre avec d’autres, sans avoir été d’abord formatées, puis accaparées par un parti. L’écueil de ce renversement pourrait être à première vue le populisme : or il apparaît que l’intelligence collective porte bien son nom. Devenir auteur, en plus d’être acteur, semble être la meilleure façon d’évacuer toute démagogie : il ne s’agit plus d’être contre, de s’en tenir à la réaction, mais de faire entendre sa voix. La réaction est le pendant d’une idéologie imposée, une réponse à la fracture entre les citoyens et leurs représentants. Mais en appeler aux idées, c’est convoquer la créativité de chacun, faisant fi des corps intermédiaires. C’est redonner au terme de citoyen sa valeur.

Que de nouveaux moyens permettent de faire émerger de nouvelles fins, la voilà la révolution du XXIème siècle. La transcendance viendra de l’immanence, avis aux philosophes !

https://poliscite.com/2015/01/27/notre-pouvoir/

https://poliscite.com/2015/02/18/soyons-open-une-contribution-demile-servan-schreiber-chef-dentreprise-de-lumenogic/

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