// Droits Libertés/// Général

Des petits vélos dans la tête // Une contribution de Jean-Michel Djian, Rédacteur en chef de France Culture Papier

10FingesPeut-on éternellement financer sur fonds publics un service individuel de transport urbain  écologique quand ceux ou celles qui le pratique n’ont aucun sens du bien commun ?

Certes tous les utilisateurs de Vélib’ (Paris) ou autre Vélov ‘ (Lyon) n’ont pas le réflexe de tordre le guidon, crever un pneu ou arracher la selle, mais tout de même,  plus de 8000 vélos volés  et près de 1000 endommagés  sur un parc de 20.000 çà faire réfléchir.  Qui paye, si ce n’est le contribuable et encaisse, si ce n’est une  société privée, en l’occurrence  JC Decaux ? On peut avoir lancé  une bonne idée, car c’en était  une,  mais on peut aussi, quand on est Maire et responsable politique, constater que le déficit chronique de civisme de nos concitoyens n’a pas à être financé sur les deniers publics. Surtout quand, devant cette délinquance tranquille,  on apprend que la dite société privée a, cette année, exigé et obtenu, pour faire face aux dommages, le versement à Paris de 2,6 millions d’euros  en guise de compensation (2,5 à Marseille qui est confronté au même problème). Non content d’avoir obtenu gain de cause elle en profite aussi pour  relever  le  tarif d’abonnement !

Admettons-le pour mieux s’en guérir : nous sommes, et particulièrement en milieu urbain, d’indécrottables individualistes  soucieux de donner à la ville les stigmates de la convivialité, de la fluidité et de la propreté mais incapables de les enseigner, de les  transmettre ou de les partager. Force est de constater que  l’état d’esprit  incivique qui semble, là comme ailleurs, pénétrer le corps social en profondeur se fracasse aussi  contre les innovations collectives les plus enthousiasmantes.

Comment dès lors se passionner pour l’action politique de proximité si nos élus  sont les derniers à  nier l’évidence ?

A moins d’être  un militant PS boboïsé ou un cycliste encarté dans un club, il n’est pas besoin d’être grand clerc pour deviner que le citadin lambda  se préoccupera d’abord  de son vélo acheté même  100 euros chez Décathlon que  d’une bicyclette  Decaux standardisée, si fonctionnelle soit-elle. Alors plutôt que de faire des campagnes de pub risibles et coûteuses pour supplier les parisiens de ne pas « s’attaquer aux vélos qui ne peuvent se défendre » ;  de rester coincer à Paris, Lyon ou à Marseille  derrière ces énormes camions régulateurs de vélos  qui polluent la ville, il vaudrait mieux en finir. C’est-à-dire  conserver les parkings, et conseiller aux Maires concernés d’offrir, puisque c’est bientôt le printemps,  un vélo Décathlon  et un cadenas à chacun des utilisateurs de Vélib’. Et, soyons-en  certain, chacun l’entretiendra très bien  sans être subventionné.

 

4 réflexions sur “Des petits vélos dans la tête // Une contribution de Jean-Michel Djian, Rédacteur en chef de France Culture Papier

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  2. La mairie (et donc le contribuable) verse aussi pas mal d’argent pour entretenir des rames de métro qui sont régulièrement vandalisées : est-ce une raison pour supprimer le métro ?

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    • Tout à fait d’accord avec Pierre. D’autant que l’apport du Velib’ à la ville ne se limite pas au transport mais également à la convivialité, c’est une manière d’affirmer une politique de la ville, une manière d’imposer un bien commun, une activité collaborative. les dégradations doivent diminuer mais pas en reculant sur un espace de partage d’un moyen de transport à un prix réduit qui permet un rapport nouveau à la ville.

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