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Les barbares et nous // Une contribution de Didier Le Bret, diplomate

Pour un Texan, l’Irak, c’est avant tout une zone de guerre, une guerre sans fin, une guerre dont on a presque perdu l’origine, une guerre sans nom (qui a remplacé Saddam Hussein ?), un bourbier. Dans le même temps, pour près de 5000 jeunes « occidentaux », cette guerre est une terre promise, une nouvelle frontière, un mirage.

Mais ni les uns ni les autres, jusqu’à une date récente, jusqu’à ce que les hommes d’Al Baghdadi en fassent l’épicentre de l’enfer, ne se souvenaient qu’entre le Tigre et l’Euphrate Dieu y avait également situé son paradis. De la Mésopotamie (littéralement « entre les fleuves »), nous avons hérité l’essentiel : l’écriture, la cité, les lois. L’écriture précunéiforme, les Cités-Etat des dynasties archaïques de la basse Mésopotamie, le code d’Hammurabi, la plus ancienne loi écrite répertoriée, tout cela échelonné entre 3000 et 1700 avant notre ère.

Les barbares incultes de l’Etat Islamique, qui ont fracassé à la masse des statues du musée de Mossoul et détruit au bulldozer les vestiges de Nimroud, joyau de l’architecture assyrienne,  doivent être ici remerciés. Grâce à eux, l’opinion commence à réaliser que ce qui se joue dans cette partie du monde, ça n’est pas seulement une guerre, aussi terrible soit-elle. Ce sont aussi deux visions du monde, irréconciliables, qui en tout temps se sont opposées.

hqdefaultIntuitivement, les iconoclastes du Levant savent que le chemin le plus court pour imposer l’ordre nouveau passe par l’éradication des traces du passé. Couper les têtes ne suffit pas. La terreur, mais aussi paradoxalement, le rêve, a besoin de ruptures jusque dans les têtes. Les exemples dans l’histoire ne manquent pas. L’absolutisme révolutionnaire est un moloch affamé : il se nourrit de chair, de pierre et de papier. Combien d’églises pillées et dévastées, de Cluny à Moscou ? Le dogme nouveau, la religion nouvelle, le troisième Reich, le communisme dans un seul pays, le califat entre deux Etats, pour convaincre, pour être efficaces, pour attirer les jeunes du monde entier, ont besoin de violence, de cette violence prométhéenne qui paraît être la marque du nouveau.

« Daesh » nous rappelle ainsi qu’un bon révolutionnaire doit être un parfait amnésique. Pour accoucher du monde, sans entendre son cri, mieux vaut être sourd ou se boucher les oreilles. Grâce aux barbares qu’ils sont et que nous avons été, nous pouvons nous souvenir que ce qui nous fait hommes, c’est précisément l’inverse, cette faiblesse que nous enseigne l’histoire, et qui nous conduit inexorablement vers le respect des autres, de leurs cultures et de leurs croyances. Les intégrer, c’est prendre le monde dans sa complexité, dans sa diversité, c’est prendre également le risque d’être tolérant.

Voir plus loin

Pour lutter contre Daesh et ses exactions deux étudiants américains ont décidé de créer le musée virtuel de Mossoul, c’est ICI

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