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Matière grise pour un monde vert // Une contribution de Didier Le Bret, Diplomate

cool-pandaA Paris, dans neuf mois, le monde accouchera, ou pas, d’un accord international visant à réduire les gaz à effet de serre. L’ambition est de contenir le réchauffement climatique à 2°C, seuil limite au-delà duquel les conditions mêmes de la survie de notre planète ne sont plus assurées. Les efforts devront être équitablement partagés entre pays développés et pays en développement. Des engagements précis et chiffrés doivent être pris à cette occasion. Les précédentes négociations incitent à la prudence, tant en l’espèce le chemin de la vertu est apparu le plus souvent semé d’embûches.

A défaut d’anticiper, on peut toutefois interroger le passé, y compris le plus récent. Où l’on découvre que les bonnes surprises avancent rarement à visage découvert. Trois exemples, qui montrent, au seuil des crises annoncées, la capacité des hommes à repousser les limites. Avec en facteur commun le « biais technologique » qui par définition n’est jamais anticipable.

Le premier ordinateur a été créé, à usage militaire, en 1945. Les premiers PC se sont introduits dans nos vies au début des années 80. Qui avait réellement anticipé qu’en moins de trois décennies cette calculette rapide allait révolutionner tous les modes de production, s’infiltrer dans toutes les sphères de l’activité humaine (l’électroménager, la voiture, la banque, les jeux…), bouleverser les rapports sociaux, nos modes de communication, rendre possible ce qui paraissait hors d’atteinte (la conquête de l’espace, les nanotechnologies…) et accessoirement permettre à ceux qui l’ont développée à l’échelle du globe d’être les « maîtres du monde » ? En 2015, Bill Gates reste l’homme le plus riche de la planète.

Plus près de nous, en cute-panda-gifs1972, au terme des  « Trente glorieuses », le modèle de la société de consommation semblait déjà à bout de souffle. Dans un rapport qui fit date, le « Club de Rome » annonce la fin d’un modèle économique reposant exclusivement sur la croissance (« The limits of growth »). L’écologie politique est en marche. On prédit, dans un monde fini, l’épuisement des ressources, notamment la première d’entre elles, le pétrole. Ce sera le début d’une série d’anticipations qui sur les quarante dernières années se sont toutes avérées fausses. Le  moment de la fin, le fameux « peak oil », grâce aux progrès de la science et de la technologie, est régulièrement repoussé : annoncé en 1998 aux alentours des années 2010 (rapport de l’AIE), il est finalement revu en 2004 à un horizon compris entre 2026 et 2047. Que s’est-il passé entre ces deux prédictions ? Des évolutions technologiques sans précédent, permettant de trouver de nouveaux gisements, de forer toujours plus profond, de diversifier les types de pétrole (pétrole non conventionnel).

Dernier exemple et sans doute le plus prometteur pour notre monde « fini » : les énergies renouvelables. Comme l’informatique, il y a à peine plus d’un demi-siècle, l’énergie solaire apparaît aujourd’hui au seuil d’une révolution de même ampleur. Inépuisable, quasi-universelle, ses seules limites (le stockage) pourraient bien être très vite dépassées. Encore marginale dans le mix énergétique mondial (moins de 1%), sa progression semble – comme pour l’informatique – exponentielle, avec des coûts toujours décroissants (autre similitude). D’ores et déjà, à technologies constantes, sa part dans la production électrique mondiale pourrait atteindre 30% dans la deuxième moitié de ce siècle. Le photovoltaïque, qui représente aujourd’hui plus de 30 % du solaire total, a vu sa puissance installée multipliée par 10 en cinq ans (2007-2012). Sur le photovoltaïque, deux pays aujourd’hui se taillent la part du lion : l’Allemagne et la Chine.

En décembre 2015, à Paris, 194 Etats diront ce qu’ils entendent faire concrètement pour limiter le réchauffement de la planète. Parallèlement, et quelle que soit l’issue de ce grand rendez-vous climatique, l’Europe doit continuer à montrer le chemin : en investissant massivement dans la matière grise, la recherche, l’innovation, pour ne pas rater la nouvelle grande frontière énergétique, et pourquoi pas en créant, face au dumping chinois, comme elle a su le faire pour l’aéronautique, un champion solaire pour le 21ème siècle.

Sur les question d’écologie Naomi Klein vient de sortir un livre somme foisonnant et passionnant pour en savoir plus c’est ICI

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