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Je suis heureuse, venez lire comment c’est arrivé ! – Épisode 1 // Une contribution de Veronica Cozzo

a-CRITERES-BONHEUR-640x468J’ouvre ma page Facebook, et une avalanche de conseils bienveillants me tendent les bras pour « m’apprendre » à être heureuse. Certes, le malheur n’est pas attirant, il n’est pas sexy, il n’est pas « branché ». Mais un tel impératif au bonheur me fait culpabiliser d’avoir parfois, il est vrai, quelque vague à l’âme, autrement dit, d’être bien peu performante.

« 10 conseils pour être plus heureux » ; « 14 astuces pour être heureux en couple » ; « Ce que les gens heureux font mieux que les autres » ; « Comment être heureux au travail » ; « Aller au travail à vélo rend plus heureux que de s’y rendre en voiture » ; « Pour vivre heureux, allez vous installer au Costa Rica, le pays champion du bonheur par habitant! » ; « Les danois, plus heureux parce que plus libres ? » ; « 7 mauvaises habitudes dont vous devez vous départir pour une vie plus heureuse et épanouie » ; « Serions nous plus heureux sans pub ? » ; « Les signes que vous êtes un entrepreneur heureux » ; « Du bonheur : faut il changer le monde pour être heureux ? » ; « Le premier enfant rend plus heureux, le deuxième aussi mais le troisième ? » ; « Le bouddhisme rend il plus heureux ? » ; « Etude scientifique : pour être heureux buvez de la bière » ; « Les employés heureux sont plus performants »…

Et cette liste d’articles, qui ne vient que de mon fil FB, n’est absolument pas exhaustive. Volontairement je n’ai gardé que ceux avec le mot « heureux » dans le titre mais il y en a presque autant avec « bonheur », « bien être » ou « épanouissement ». Et les rayons sur le « développement personnel » dans certaines librairies sont mieux fournis et certainement plus rentables que les rayons de littérature.

Je pourrais, si j’étais parano, penser qu’un algorithme hyper performant a fait des recherches et m’envoie des articles susceptibles de calmer ma tendance gentiment dépressive. Bien sûr je les ai tous lus, non parce que je suis malheureuse notez bien, ni que j’ai du temps à tuer. Mais dès que la promesse d’un peu plus de bonheur se profile, la tentation est trop forte. De là, à envisager de déménager au Costa Rica ou faire un troisième enfant, c’est une autre histoire ! (Il faudrait commencer par un second marmot, et accessoirement un père) Bref, ces articles  sont comme l’horoscope, quand tu as fini de le lire, tu as tout oublié. Ainsi, je ne sais pas si le bouddhisme ou la bière ou encore le vélo nous rendent plus ou moins heureux que le coca, le yoga ou la marche à pied. Et surtout je m’en fous !

Miss-Tic-Soyons-heureuses-en-Attendant-le-Bonheur-580x482Puis je me dis, dans un éclair de lucidité, que si on écrit tellement d’articles sur le bonheur, multipliant les recettes, les conseils, les formulations, cela veut dire sans nul doute que nous ne sommes pas « assez » heureux. On est en quête de quelque chose. Auquel cas, il serait peut être plus intéressant d’interroger les causes, plutôt que de multiplier les remèdes. Le réflexe naturel alors et le mien aussi c’est de se tourner vers son portefeuille, son travail, son confort. Nous serions tellement plus heureux avec 500 euros de plus ! Pas si simple. En effet, le bonheur dans un grand nombre d’études effectuées depuis trente ans montre un détachement net entre le niveau de vie (l’argent que nous gagnons) et l’épanouissement, le bien être, le bonheur lui-même. Pour les classes moyennes de loin les plus nombreuses en occident, être plus riche, ne signifie plus, être plus heureux.

Alors quoi ? Pascal Brukner – philosophe français – lance une piste dans son livre L’Euphorie perpétuelle : Essai sur le devoir de bonheur. Il propose une réflexion sur un bonheur imposé, subit et donc culpabilisant pour qui ne parvient pas à l’atteindre :

« (…) il ne suffit pas d’être riche, encore faut-il avoir l’air en forme, nouvelle espèce de discrimination et de faire-valoir qui n’est pas moins sévère que celle de l’ argent. C’est toute une éthique du paraître bien dans sa peau qui nous dirige et que soutiennent dans leur ébriété souriante la publicité et les marchandises. »

Le bonheur serait donc une chimère, quelque chose qu’on agite comme la muleta du torero et derrière lequel on court sans jamais l’atteindre vraiment. Dans ce cas, il faudrait savoir à qui profite cette course folle. Et pourquoi nous avons du mal à renoncer à cette quête stérile ? Serait-ce comme une nouvelle forme de religion ? Serait-ce la dimension spirituelle du consumérisme ?

À SUIVRE…

Pascal Brukner, une – bonne – interviewe est ICI et pour consulter son livre c’est ICI

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