// Général/économie

Monsieur heureux vous veut du bien ! – Épisode 2 // Une collaboration de Veronica Cozzo

mr-heureux Il nous en faut toujours plus. On se jette sur toutes les méthodes. Le bonheur comme drogue, comme chimère, disait-on. Trouvaille parfaite pour nous faire tourner une roue infinie. Le bonheur n’est plus un simple questionnement personnel mais un véritable enjeu politique et économique. Il a son indicateur de mesure, le Bonheur National Brut (BNB), comme le chômage, la richesse ou la pauvreté. Mais les salariés, les citoyens sont-ils gagnants dans cette course pour le moins effrayante ? Le bonheur est-il donc devenu une simple marchandise, une équation économique dont le besoin nous viendrait d’une stratégie marketing savamment orchestrée et dont la valeur serait donnée par sa rareté ?

La réponse est oui, bien sûr. La très grande majorité des économistes mondiaux privilégient, effectivement, toujours la même idée : plus nous serons riches, plus nous serons heureux. Ainsi aucune question à se poser, la seule issue est le profit toujours croissant. Si cette théorie est difficile à contredire lorsqu’on parle de pays où l’eau courante n’arrive pas dans chaque maison, où les enfants travaillent et où le salaire moyen est de moins d’un euro par jour qu’en est-il chez nous où quoi qu’on en dise le niveau de vie est déjà haut ? Et bien c’est la même chose. Gagner plus, pour plus de bonheur pensent les économistes, les politiques, les chefs d’entreprises etc. ! Ces articles sur nos murs Facebook ne sont donc pas destinés à nous faire du bien, mais à nous faire consommer plus de bien être potentiel. La course vers le bonheur n’a pour objectif que de nous soumettre un peu plus encore à un certain capitalisme totalitaire qui ne dirait pas tout à fait son nom car plus de doute, si vous ne rapportez pas votre lot de bonheur, le bonheur, lui, rapporte. À quand son introduction en bourse ?

Aucun échappatoire donc ? Pas si simple car depuis trente ans un grand nombre d’études effectuées dans les pays développés (cf. La banque de données mondiales du bonheur) montrent clairement – au niveau des citoyens – un détachement des courbes de bonheur d’avec celles du niveau de vie. Aujourd’hui dans le plupart des pays développés pour la majorité des gens, être plus riche ne signifient plus être plus heureux. Et on voit d’ailleurs émerger partout des alternatives (théorie sur la décroissance, consommation locale, économie collaborative etc.) qui ne pensent plus seulement en terme de profit mais en terme de bien être individuel, collectif et écologique.

Mais ce changement ne trouve pas seulement un écho dans les théories alternatives. En Angleterre dés 2008 l’économiste Richard Layard, ancien conseiller de Tony Blair utilise son influence pour tenter de mettre en place sa théorie utilitariste sur le bonheur dans l’économie. Aujourd’hui, pense-t-il, il est possible de connaître précisément l’état de bonheur d’un individu. Le bonheur devient donc une notion objective. Or il n’est pas resté sourd aux études montrant qu’épanouissement et niveau de vie ne marchaient plus main dans la main. Et si le bonheur n’est plus lié à l’argent que nous gagnons c’est peut-être alors qu’une meilleure répartition des richesses est possible. En 2007 il développe ses théories dans le livre : Le prix du bonheur. Leçons d’une science nouvelle – dans lequel il écrit :

« On ne devrait pas compter comme progrès ce qui rend heureux aujourd’hui aux dépens de l’avenir. » Richard Layard

utopie-du-bonheur-pcx-39-3393Il propose par exemple la mise en place d’une « fiscalité redistributrice qui permettrait aux plus malheureux d’obtenir un surcroît de confort et de bonheur. En contrepartie les chômeurs doivent accepter un travail proposé sous peine de perdre leurs allocations. Cette redistribution prive certes les plus riches d’un peu de revenu, mais il s’agit là d’un moindre mal, car ce revenu n’est cause d’aucun bonheur pour eux. Cette privation, en incitant ceux qui ont un travail et des revenus à ne pas travailler plus que nécessaire, contribue également au bonheur national brut. Lorsque l’individu travaille trop, cela se fait au détriment des relations sociales, familiales, et cela génère inévitablement de la souffrance, de la violence, de la délinquance. »

Dont acte. Le bonheur est donc bien aujourd’hui, quelle que soit la manière dont on le considère, un objectif collectif, économique, politique, financier. On le prend, on le tord, on lui veut du bien, on en veut, on en vend, il est récupéré, matraqué, désiré, mis au centre, ignoré pourtant il termine presque toujours sa course en un genre de totalitarisme pressant qui exclut toute personne n’en faisant pas sa religion. Et au fond que ce soient les économistes qui, en purs cyniques, utilisent le bonheur comme matière première ou bien des économistes comme Richard Layard qui tentent de bonne foi de théoriser le bonheur collectif, il s’agit dans les deux cas d’être heureux ou de ne pas être. Mais le bonheur comme fin en soi n’est-il pas un renversement étrange ? D’où vient cette idée que nous voulons tous être heureux ? Au fond si déjà nous, les citoyens, étions responsabilisés, écoutés, pris au sérieux, aimés, respectés, engagés, bien payés ou tout ça à la fois, alors peut-être que tout simplement nous ne nous poserions plus jamais le question du bonheur.

La banque de données mondiales du bonheur est un ensemble d’archives qui répertorient les résultats de recherches menées autour de notre subjective joie de vivre, le lien : ICI

Richard Layard, son livre est ICI et un grand article dans la vie des idées, ICI

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