// Général

Art et politique ? // Une contribution de Murielle Magellan, écrivain, scénariste, metteur en scène.

Yue-MinjunEn vérité, je suis lasse de la lecture tout politique, tout idéologique, que nos critiques, nos chroniqueurs, nos collègues artistes en mal d’angle d’attaques, font de nos œuvres, nous confondant avec les intellectuels. J’ai souvent l’impression qu’en France le moindre divertissement est lu, comme dirait Paul Ricoeur, avec un « soupçon » préalable, et non dans l’exercice plus sérieux de recollection du sens (ou non-sens) authentique de l’œuvre. « Qu’essaie t’on de me dire idéologiquement ? » se demande le chargé de diffuser son point de vue. Ou bien « Quelle est l’idéologie cachée/dissimulée de l’artiste ? » (Ah Ah ! Je suis fort, je t’ai vu alors que tu croyais que je ne te voyais pas ! Ex : Aymeric Caron ou Eric Zemmour. Et, selon que le chargé est d’accord ou pas d’accord avec ce qu’il croit avoir déniché, la critique est acerbe…) Ou, encore plus méprisant : « L’artiste ne s’en rend pas compte mais le message politique/idéologique que son œuvre colporte est tel ou tel ! ». Un préalable de sens est posé sur le travail effectué et on essaie de tout faire rentrer dedans. Tant pis si, comme pour une housse de couette mal adaptée, ça fait des boules ou ça déborde. On ne s’attarde pas sur les détails. De toute façon, on ne sait pas faire autrement.

Car oui, j’ai souvent l’impression que cette traque soupçonneuse est en réalité une  incompétence à lire une production par une autre lorgnette (philosophique, poétique, formelle, narrative etc.) et que c’est la raison pour laquelle bon nombre hrzgal.yue3d’analystes passent à côté d’œuvres notables, aveuglés qu’ils sont par leurs loupes politico-idéologique à tendance binaires.

Quand, comme moi, on écrit sur l’intime, intime que l’on voit « comme un magma au plus près duquel l’écrivain se tient », dirait Charles Juliet, la collaboration art-politique, ou art-idéologie ne peut paraître que réductrice, inadaptée, destinée en réalité à quelques rares créateurs guidés, oui, par une volonté initiale d’engagement politique dans leur création. Pour tous les autres, la collaboration ne fonctionne pas, tourne à vide, elle pervertit même l’objet observé œuvre ambitieuse ou divertissement- pire, elle l’appauvrit. 

Alors, le politique dans tout ça ? (retour du refrain dans la chanson)

Pour moi, le politique est ailleurs.

Dans la part citoyenne de l’artiste. Celle qui n’intéresse personne, sauf lui, sauf chacun. S’il prend la parole publiquement, c’est, à moins d’une grande connaissance de son sujet, pour donner une tendance impressionniste, éventuellement une émotion, (gueuler un coup pourquoi pas), ou, s’il est inspiré, énoncer un début d’idée qu’il remettra dans les mains expertes prêtes à s’en saisir concrètement, dans le monde réel des appareils.

Le politique a besoin de cadre, d’actes, de tracés bien droits, de faisabilité, il lui faut de la clarté. L’artiste n’essaie pas de chasser le brouillard, ni de le nier ; il l’observe et le décrit. Il le raconte. Les 2012-11-29-THEEXECUTIONtraits plus flous et asymétriques de notre monde ne lui font pas peur. Il entend la complexité et la diversité de l’humain social-psychologique-pathologique-anatomique-historique.

S’il a l’esprit bien fait, il ne le juge pas, ne le range pas en « tort ou raison », « bien ou mal ». Alors, comme citoyen, certes, il peut se servir de son aptitude à traduire en mots ce qu’il capte, mais aussi ses frissons, ses indignations, ses rêveries de promeneur, pour tenter d’être un relais qui saurait mieux que d’autres, ou différemment que d’autres, formuler aux vrais acteurs de la cité ce qu’il perçoit et qu’ils pourraient négliger hâtivement, trop pressés de trouver des solutions  pour « la clientèle »… L’artiste comme un citoyen passeur, un citoyen passerelle, éclaireur de zones d’ombres, depuis peu,  je me dis : Pourquoi pas…

Les oeuvres sont du peintre Yue Minjun pour en voir plus c’est ICI

Une réflexion sur “Art et politique ? // Une contribution de Murielle Magellan, écrivain, scénariste, metteur en scène.

  1. J’ai découvert un petit livre : « Leçon sur Tchouang-Tseu » écrit par le sinologue Jean-François Billeter que je vous conseille. Même si le thème principal n’est pas à proprement parlé la création artistique, l’auteur y évoque néanmoins les écrits et la pensée de Montaigne, Proust…Il fait référence à des artistes comme Cézanne Giacometti et les surréalistes et à leurs recherches originales. Ce livre met en lumière parfaitement le rôle des artistes au regard des écrits de Tchouang-Tseu. Bien sûr à notre époque il est nécessaire que l’artiste réalise la promo de son livre de son film pour le vendre. Mais l’artiste ne doit pas n’ont plus en arriver à brûler son âme aux feux des projecteurs médiatiques. Les Zémour et autres personnages qui brillent ne sont en fait que des ombres et il me semble inutile pour un artiste de perdre son temps à les côtoyer (même de loin). Un artiste qui nous provoque une émotion nous rend meilleur d’une part et nous éveille à nous même…..
    En restant sur Tchouang-Tseu qui reste peu connu ou mal connu, tu peux trouver les cours passionnants enregistrés de JF Billeter (google : billeter cours Genève).

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