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Halle Pajol, manifestation non autorisée // Une contribution de Stéphane Lagoutte, photographe

Manifestation (non autorisée) de soutiens aux sans papiers qui campent devant la Halle Pajol.L’autre jour je suis allé photographier une manifestation de soutien aux demandeurs d’asile qui dorment sur des matelas devant la Halle Pajol dans le 18e arrondissement de Paris. Ceux-là mêmes qui, suite à l’évacuation du campement de Stalingrad, avaient subi une chasse persistante pendant tout le mois de juin. Au moment de l’évacuation j’avais été surpris de voir les tentatives des migrants pour franchir le cordon de sécurité des CRS et rejoindre les évacués dans l’espoir de faire partie de ceux qui seront durablement relogés et dont le dossier de demande d’asile sera sérieusement étudié. 

Manifestation (non autorisée) de soutiens aux sans papiers qui campent devant la Halle Pajol.

Manifestation (non autorisée) de soutiens aux sans papiers qui campent devant la Halle Pajol.

Cette fois-ci la manifestation si elle était nerveuse a finalement été vaine. Les protestataires ont immédiatement été conscrits autour de leur zone de campement et n’ont pas réussi à se faire entendre. J’ai été surpris de la violence avec laquelle certains CRS traitaient l’affaire. Aussi bien envers les manifestants que de nous, les reporters. Un déni évident du droit d’informer. Il faut dire que j’ai été également froidement agressé par un membre de l’ultra gauche.

Manifestation (non autorisée) de soutiens aux sans papiers qui campent devant la Halle Pajol.

Manifestation (non autorisée) de soutiens aux sans papiers qui campent devant la Halle Pajol.

Manifestation (non autorisée) de soutiens aux sans papiers qui campent devant la Halle Pajol.

Quel étrange moment où on se retrouve tous identifiés par notre fonction. Ici les migrants, là les policiers, ailleurs les militants et en face les journalistes. Il n’y a plus de citoyens, plus d’hommes, mais des étiquettes, des raisons sociales qui se font maladroitement et violemment face. Brusquement je m’aperçois que dans ce jeu, je représente un pouvoir, celui des médias, pour certains à la solde de la politique ou des lobbys, pour d’autres un véritable le moyen de se faire enfin entendre. Coincé dans nos fonctions comment changer les choses, comment y croire encore ?

Manifestation (non autorisée) de soutiens aux sans papiers qui campent devant la Halle Pajol.

Devant la Halle Pajol, au fond c’est cela qui se jouait. Notre capacité à ne pas être seulement notre fonction sociale. Je veux croire que c’est encore possible, accroché à mes images en pleine manifestation j’ai alors été débordé par cette question obsédante : qui sont ces gens autour de moi ? 

Manifestation (non autorisée) de soutiens aux sans papiers qui campent devant la Halle Pajol.

Manifestation (non autorisée) de soutiens aux sans papiers qui campent devant la Halle Pajol.

Les militants, les migrants, les autres journalistes, les passants, et bien sûr, les CRS. Outre le chef extrêmement violent et autoritaire, et les quelques types des renseignements égaux à eux même, la question du «fantassin» m’a intéressée, celui caché derrière sa visière et qui obéit sans rien dire. La paye du loyer en fin de mois est-elle sa seule motivation ? Se cache-t-il derrière son bouclier en plastique une haute notion de l’ordre public ? Il ne s’agit pas de remette en cause la nécessité de ces corps dans le fonctionnement de notre état, mais lorsqu’il s’agit de femmes, d’enfants et d’hommes qui ont traversé la moitié du monde pour demander de l’aide, la question de la désobéissance civile se pose malgré tout. 

Manifestation (non autorisée) de soutiens aux sans papiers qui campent devant la Halle Pajol.

Manifestation (non autorisée) de soutiens aux sans papiers qui campent devant la Halle Pajol.

Je photographie, et je ne peux m’empêcher de remarquer des ressemblances physiques entre manifestants et gendarmes. Mon attention se porte partout. Regard de défi du jeune CRS toisant les militants lorsqu’il arrache une banderole symbolique. Jambe blessée d’un manifestant fauché par un coup inattendu. Et puis derrière les protections et les casques, je tombe sur ce regard que je ne quitte pas. Comment l’interpréter ? Au travers de mon objectif, il semble trouver une échappatoire à ses ordres. A-t-il honte ? Est-il juste énervé ? Veut-il me frapper ? Redeviendrait-il l’homme derrière sa fonction ? Ce regard est comme un pont entre sa condition et le monde. 

Manifestation (non autorisée) de soutiens aux sans papiers qui campent devant la Halle Pajol.

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Aujourd’hui trois jours sont passés, c’est dimanche, je scrute de nouveau ce regard. Inévitablement je plonge dans cette vie, dans ces vies. Peut-être que le travail photographique consiste à ça, entre autre, retrouver, chercher, montrer l’humain au-delà de la fonction sociale. Si seulement nous étions capable de voir ce qu’est l’autre, avant de voir ce qu’il fait. L’autre comme un alter ego retrouvé et accueilli, une fraternité retrouvée en ne s’écartant plus de soi. 

Le texte et les photos sont de Stéphane Lagoutte, photographe de l’agence MYOP, vous pouvez voir l’ensemble du travail ICI et découvrir l’agence et ses photographes ICI

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