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Les deux corps du roi : un de trop ? // Une contribution de Didier Le Bret, Diplomate

  kink-of-gialam-081Le refus du corps céleste du roi, nous l’avons exprimé pour la première fois dans notre longue histoire,  clairement et collectivement, en 1789. Par étapes, ce corps d’essence divine a été approché, traqué. Et le 21 janvier 1793, le peuple de France a tranché. Ce jour-là, ce n’est pas seulement la tête de Louis XVI qui roule dans un panier d’osier, c’est la sacralité même du roi, son corps céleste. De cette première rupture, capitale décapitation, découle la suite : notre rapport au sacré, notre toute puissance collective, notre peur inconsciente aussi d’avoir commis l’irréparable.

Notre démocratie moderne n’a plus à couper la tête de nos dirigeants ; on peut l’avoir pacifiquement tous les cinq ans en Sonate-dargentglissant un bulletin dans une urne. Insatiable Moloch, elle continue toutefois d’exiger toujours plus de proximité, de nivellement, de transparence. Elle ne veut plus seulement choisir, contrôler, sanctionner, elle veut aussi sonder, toucher, et parfois rabaisser. Elle n’a que faire d’un corps céleste, imbu du secret et d’une insondable distance.

C’est là sans doute que réside l’un des grands paradoxes de notre modernité : le peuple souverain, omnipotent, toujours prompt à dénoncer, à travers ses médias,  le faste monarchique de la République, se prend désormais à regretter le corps céleste du roi.

bonsai-xe-dap-KimPour les princes élus qui nous dirigent, la tâche n’est pas simple. Il y eut bien sûr de Gaulle, qui fit rempart de son corps immense pour sauver la France. Temps exceptionnels, où l’engagement, l’héroïsme redonnaient au corps privé la possibilité de récupérer une part de son essence divine. En rendant possible l’impossible (le retour de la gauche au pouvoir), en conservant le pouvoir jusqu’aux limites de la Constitution et de ses forces, en refusant avec constance de laisser quiconque pénétrer dans son jardin secret, François Mitterrand fut également un Président monarque.

L’un comme l’autre, de manière différente, avait la foi : en la France, en eux. Tous deux savaient de leur vivant qu’ils laisseraient une trace. Ils avaient également en commun une conception sacrificielle de leur mission. Dans les deux cas, le corps céleste, ou pour parler moderne, le corps politique des deux dirigeants éclipsait largement leur corps privé. La fonction avait le primat absolu.3-AGES-200-_100-2003

Les temps de crise sans doute pourraient contraindre au changement, mais dans une société profondément désacralisée, désenchantée, où l’engagement et le sens du sacrifice sont tout autant honnis (par paresse collective) que désirés (par secret enthousiasme), comment parvenir à obtenir du prince ce que nous nous refusons à nous-mêmes ?

Lê Hong Thai dont les peintures sont présentées ici vit et travaille à Hanoi. Lauréat de la Fondation Pollock-Krassner à New York en 2005, Il est Chevalier des Arts et des Lettres de la République Française depuis 2004. Lê Hong Thai a vécu, enfant, les terreurs et les privations de la guerre. Dans les années 1990, grâce au « Renouveau » politique vietnamien, il a été possible à Lê Hong Thai de peindre des œuvres abstraites ou même des nus. Il est alors devenu un spécialiste de la laque sur bois et un pionnier de la laque sur toile. Malheureusement, dès le début des années 2000, une chape de plomb est retombée sur le créateur devenu entre-temps figuratif. Lê Hong Thai s’est vu signifier par les autorités l’interdiction d’exposer ses œuvres publiquement dans une galerie, au motif qu’il aurait caricaturé Ho Chi Minh. La dimension provocatrice de ses œuvres est désormais repérée et condamnée.

3 réflexions sur “Les deux corps du roi : un de trop ? // Une contribution de Didier Le Bret, Diplomate

  1. Et si un retour de balancier se préparait ? Et si nous pouvions revivre un épisode sacré ? Tout est toujours possible, et le sacré n’a pas pu mourir, il a seulement été recouvert.

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      • Ce n’est plus le système qui est sacré, ce sont les humains ?
        Ce n’est plus l’Education Nationale qui est sacrée, mais nos enfants et nos profs ?
        Ce n’est plus le Chef de l’Etat qui est sacré, ni même l’Etat, ni même la France, ce sont les français ?

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