// Général

La France bleue marine : du mythe à l’imposture // Une contribution de Didier Le Bret, Diplomate

0478ba7b-1f13-4d69-8a64-6aaca49df285-2060x1236Un programme peut être déconstruit à coups de contre argumentaires. Beaucoup s’y sont essayés à gauche comme à droite (les responsables politiques, Médiapart, l’Institut Montaigne…) ; cela n’empêche pas le FN, à chaque élection, de voler de victoire en victoire et de pouvoir désormais s’autoproclamer « premier parti de France ».

Dans la construction « mentale » du FN, il y a plus qu’un programme. Au-delà des mesures proposées, au-delà des chiffres, au-delà des futurs projets de loi, il y a bien une vision. Contrairement à ce qui est trop souvent dit, cette vision pour la France ne se réduit pas aux seules peurs des Français. Elle puise également sa force dans notre propre histoire. En se faisant l’apologue des frontières, le Front National défend une certaine idée de notre pays : la France des champs clos, des terroirs, du patrimoine immuable, de la proximité, de l’artisanat, du monde rural, de la sédentarité, du petit commerce. Une France hors de l’Europe, voire hors du monde.

FDirty-Corne_AFP-3801ace à cet univers mythifié de l’entre soi, où les peuples, pour ne pas dire les races se tiennent à distance, où les frontières sont réputées intangibles, se dresse dans toute son horreur, dans toute son inhumanité, le monde moderne avec son cortège de démons : l’ouverture, les échanges, la mixité, le brassage, bref, le changement perpétuel, qui ne peut conduire qu’à la perte des repères, à la  dissolution des identités et au grand « remplacement ».

Dans cette vision d’effroi, à son  paroxysme, l’ennemi prend un visage humain, tout à la fois familier et repoussant : hier, le juif errant, aujourd’hui, l’émigré, demain tous les migrants. Il peut également s’identifier à un courant de pensée (le libre-échange) ou à une construction (l’Europe).

Pour combattre efficacement le Front National, sa vision fantasmée d’un monde rêvé,  il faut accepter de reconnaître qu’en France, et en nous-même le plus souvent, cohabitent ces deux tendances. Parce que nous sommes français et que notre pays est une péninsule, au bout d’un continent,  nous sommes à la fois un peuple de paysans et un peuple de marins, une nation de l’enclosure, mais aussi d’aventuriers. Le terroir comme le grand large font partie de notre ADN, peut-être même de notre génie.

ToAnish-Kapoor-laisse-son-oeuvre-en-l-etat-un-elu-porte-plainteute notre histoire est traversée par cette « double postulation » : même si le monde rural français a fondu en moins d’un siècle, avec une forte accélération après-guerre (de 46% à moins de 4%), la France reste une puissance agricole de premier plan (Paris, capitale, est enchâssée dans le plus grand bassin céréalier d’Europe).  Et même si aujourd’hui Marseille n’est que le quatrième port d’Europe, l’horizon économique et humain de la France ne s’arrête pas à nos frontières.

N’en déplaisent au FN, l’ambition de notre pays, le talent de ses hommes et de ses femmes, ont toujours permis de repousser nos propres frontières, physiques et mentales. Il y a moins de deux siècles, les premières grandes banques internationales de commerce étaient françaises. La quasi-totalité des découvertes qui ont bouleversé le monde, entrainant dans leur sillon la révolution industrielle, ont également été françaises : de la vapeur à l’automobile en passant par l’aviation, la photographie, le cinéma ou la vaccination.

LLEtre français, au fond, c’est accepter de vivre avec cette contradiction, cette double postulation, qui est aussi un formidable moteur de vie, une tension. Vouloir réduire la France à l’empreinte nostalgique d’un passé glorieux, où rien ne devrait plus jamais bouger, c’est se condamner à coup sûr. L’immobilisme est mortifère.

Non, le patrimoine ne s’oppose pas à la création ; non, la mixité, l’ouverture aux autres n’est pas dissolution de nos identités ; non, le goût du risque, les échanges, le commerce, l’innovation, la mobilité, l’accueil, ne nous condamnent pas à la marginalisation, ou pire au « remplacement ». Ils se nourrissent mutuellement, se fécondent, se réinventent.

Les mensonges de Marine le Pen ont ceci de pervers qu’ils disent une partie, mais une partie seulement de ce que nous sommes ; ils tentent de nous rassurer, en nous flattant, mais c’est pour mieux nous endormir.

anish-kapoor-recouvre-son-dirty-corner-de-feuilles-d-or,M256464

L’oeuvre présentée ici est une de celles exposées par Anish Kapoor à Versailles. Elle fut, comme on peut le voir, vandalisée par des graffitis aux propos antisémites, faisant l’apologie de la violence, d’une France royaliste et purement chrétienne. L’artiste choqué et intrigué par cette attaque, a longtemps hésité à laisser son oeuvre ainsi souillée. Il a finalement opté pour une autre solution : recouvrir « partiellement » les graffitis par de feuilles d’or…

Une réflexion sur “La France bleue marine : du mythe à l’imposture // Une contribution de Didier Le Bret, Diplomate

  1. Les Le Pen évacuent une donnée historique essentielle : Nous ne sommes plus des gaulois. Notre langue est le français, dérivée de la langue de l’envahisseur romain, et nous portons le nom de français, dérivé de l’envahisseur franc. La France repliée sur elle-même, c’était la Gaule. Celle-ci a disparu à la fin de l’Antiquité, pour être remplacée par un mélange appelé « France ». La France n’existe que par le mélange.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s